De l’huile d’olive

Dormir sous les oliviers. À 20 ans nue dans un duvet sur la terre battue ancestrale, terre de Zeus, maisons blanchies à la chaux ; au loin des hommes jouent au tavli tandis que le boulanger emporte à l’épaule le plat de moussaka brûlante.

Dormir sous les oliviers. À 40 ans nue sur une bâche de coutil tendue dans l’enceinte close de murs de pierre sèche, autour la senteur de la lavande et du fenouil inlassablement parcouru de petits escargots pâlis au soleil ; terre ocre et lumière bleutée.

Dormir sous les oliviers. À 60 ans nue sur le sol natal de Dali, protégée des embruns et des aspérités du schiste sombre par un habit de lumière ; au-dessus les hirondelles folles affrontent les bourrasques qui secouent les barques du port.

***

Lever les yeux sur l’arbre gris transporte là où souvenirs, fantômes et splendeurs font monter les larmes aux yeux. D’Austin à Sidney, via Dublin ou Helsinki, goûter l’huile sacrée fige l’espace/temps – on pense à Alexandre le Grand, à Pline l’Ancien, à Schéhérazade, à tous ceux qui marchent dans la poussière, trébuchent sur les chemins caillouteux d’où émergent thym et romarin ; quelques scorpions à la nuit tombée.

Il est une ville qui s’éveille chaque jour dans le souvenir d’Auguste, lequel ceint de laurier a vaincu Cléopâtre et ses crocodiles. Les halles frémissent, les tables se dressent en chaque placette tandis que les ruelles étroites s’imprègnent des fumets de la cuisine familiale.

On ne saurait se mettre aux fourneaux sans la bouteille ou le bidon de fer contenant l’huile dorée qui sied tant à l’agneau cévenol qu’au taureau camarguais, sans oublier le pélardon, la figue et le miel gratinés. Traditions gardoises, culture méditerranéenne.

Au nord de la ville, au-delà de la Tour Magne qui surplombe la plaine, s’étale la garrigue jusqu’aux vallées des Gardons d’Alès ou du Mialet. Là-bas, s’épanouissent une centaine d’oliviers sous un ciel azur aux nuages joufflus. Au fond, un mazet exalté par le chant des cigales plébéiennes accrochées aux amandiers tandis qu’au sol abeilles et papillons butinent les délicates floraisons mauves. On entend le train à vapeur qui franchit les reliefs encaissés et le maniement des outils – il y a toujours à faire avec les oliviers. Sous le pin, on ressent la nostalgie estivale.

***

User de l’huile d’olive. Sur le littoral de Bari à Brindisi, se nourrir de pain imbibé pour combler la faim et les maux de ventre quand le pouce levé, il tarde de s’embarquer sur la mer turquoise.

User de l’huile d’olive. Se badigeonner peau et cheveux faute de cosmétiques dans les épiceries, après la mort de Tito quand aux alentours se dessinent les arbres calcinés et les villages rasés sur le plateau.

User de l’huile d’olive. Lentement savourer le repas mijoté dès l’aurore, sardines marinées, tajine d’agneau, purée de pois chiches, tomates à la coriandre. Le mezze appelle à la prière alors que la brise maritime accompagnera les siestes parfumées à l’eau de fleur d’oranger.

Catégories :Non classéÉtiquettes :

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s