J’ai sondé les actes et les rêves

Après l’incandescence, la fureur dévastatrice du jour, le crépuscule glisse infiniment calme. Le ciel est encore d’une eau très pure, translucide, un peu blonde Mais l’ombre rampe déjà sourdement dans les fourrés.
O molle chaleur -souffles légers parmi les branches -senteur des arbres et des prés soudain si profonde.
Heure accordée entre toutes à un certain alanguissement du coeur, torturante par touches légères, où la jeunesse, l’enfance même sent comme fondre sa force en une incompréhensible douceur…
Un pincement, une flamme chahutante me brûle au coeur.

Temps du rêve, Henry Bauchau, 2012


Surprendre Marseille sous les vapeurs délétères de l’étang fourbe
Jamais oh jamais le froid de l’été 2014 oublier
Aller et venir sans se retourner quand dehors le ciel délivre des nuages
Ne pas s’encombrer de fripes
Du silence n’éprouver que le son

Ne savoir rien faire que selon les songes
Porter l’odeur des tissus de l’aimée à ses lèvres
Traduire Farewell my Black Balloon
Cuire le « boreki » quand il en est encore temps
Franchir en soi le cramoi-sang de la perte

S’asseoir sous les bambous – des enfants crient.
Rêver sans récolter des ruines
Faire pousser le gingembre derrière le Café du Pont
Chanter comme la Castafiore
De l’ombre portée mesurer l’empathie

Cueillir des fleurs séchées jaunes avant qu’elles ne sautillent
Sucer le jus de l’aloès
S’enduire le corps de citronnelle
Visiter les laboratoires secrets où les braseros brûlent les griffes de sorcières
Éprouver les seuils de la faim, du froid et de la peur

Applaudir les cyclistes qui déboulent de Jean Jaurès
Emmailloter de laine colorée et crochetée l’enveloppe des platanes malades
Servir des tapas à l’arlésienne sous la vitrine du PCF
Jouer au foot place Voltaire
Injurier la lune de l’inanité de nos jours

Photographier le Rhône et le noir et blanc des îles du Frioul
Raconter le bombardement des américains
Improviser les plouf dans la piscine
Eviter de brûler les fesses de la ragazza sur le siège du coupé Mercédès
Rayer la taie qui recouvre les faussaires

Prendre des bains de pied à la lavande
Devenir fou en buvant de la Carthagène quand l’orage gronde
Ne pas essayer de paraître intelligent, c’est reposant
Crier comme un aigle de Bonelli, étrange, au loin
Guider l’affection hors des murailles

Faire la course aux fantômes à la vitesse du son
Se moquer des vanités offertes par le destin
Offrir couronne de fleurs de tilleul et marque-pages en aiguille de pin
Ne plus connaître la terreur, non
Du prédateur, s’instruire de la puissante démarche

Maudire le sort qui s’acharne sur les neurones
S’inspirer du mec au costume électrique qui murmure Lazaretto
Aboyer dessus les chiots, on ne sait jamais
Écouter Grant Lee Buffalo, écouter Violent Femmes, écouter Stan Ridgway
Avec irrespect saluer les contingences

Se moquer des prédicateurs même si l’un d’eux nous poursuit de ses yeux fauves
Méditer sur The Weight of Love
S’enfoncer en terre et eau
Ignorer, douter et croire
Du cadre de nos nuits retenir le sacré

Catégories :Non classé

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