Isabella Extrait 1

Dans l’or montant de la ligne des Costières, sur la terre cabossée, desséchée et imbibée des huiles de vidange de tout le quartier, sans qu’aucune horloge ne le proclame, il est 7h 45. Les foulées des légionnaires en exercice se font à peine entendre dans la rue qui longe la voie ferrée jusqu’au crématorium. C’est une de ces dernières journées d’octobre où l’on hésite entre espérer que le mistral se lève et que ses rafales chassent les nuages au-dessus de la ville de crainte qu’à l’approche de dix heures les gouttes ne tombent et regretter l’été qu’on aurait – une fois de plus – cru tenir entre les doigts plus longtemps. Une qui semble ignorer ces considérations météorologiques, c’est la femme au chat qui fidèle à son matou, verse chaque matin du lait dans la coupelle qu’elle a eu soin de cacher derrière le compteur à gaz de la grande maison abandonnée.

Il est difficile d’entrapercevoir son visage tant elle est absorbée à sa tâche. De fait, un félin se déplace lentement vers l’offrande. La silhouette humaine se penche davantage sans que l’on puisse deviner son expression. Quel est son nom ? Tout à l’heure elle a paru être de taille moyenne, mince et brunette, sans effort vestimentaire, rien qui l’encombre, ni sac à main ni chariot que traînent aujourd’hui les habitués du marché qui se tient face au stade sous les micocouliers.

La scène ne dure pas plus de dix minutes et se répète quotidiennement, lorsque le ciel oscille entre l’aube et la pleine lumière. D’où vient-elle ? Que fait-elle ensuite ? Travaille-t-elle ? Vit-elle seule ? A-t-elle des enfants ?

C’est pour répondre à toutes ces interrogations que je suis posté dans une voiture garée au fond du parking sauvage sous les platanes. J’observe, je prends des notes, je photographie, tels sont les premiers jalons de l’enquête à mener. Cela fait maintenant cinq jours que je l’épie. Lundi j’ai arpenté les rues, longé les rangées d’immeubles bas, traversé les espaces en friche, roulé entre les courettes et les garages. Mardi je me suis consacré aux commerçants, ceux de la zone rénovée et les boutiques qui se succèdent depuis l’angle du carrefour jusqu’à la place Emile Zola. Mercredi j’ai abordé de rares passantes qui pressaient le pas et des hommes discutant en groupe qui détournaient le regard. Jeudi j’ai ressenti le blues à la suivre des yeux.

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