Les doutes du juge

Il arriva à l’heure au tribunal. Il se rendit au vestiaire, retira sa veste et revêtit sa robe pour siéger à l’audience, laissant de côté la toge et les gants pour les cérémonies officielles.
Il était juge, son ego devait s’effacer.

Etre juge, c’est écouter, essayer de comprendre et confronter les comportements à la Loi.
Il lui arrivait d’être perturbé, quand appliquer la Loi, ne lui paraissait pas signe d’équité.
« La Loi devait elle se désintéresser de l’humain ? » se demandait-il souvent.
Certes, la Loi organisait la vie en société et cela était nécessaire et indispensable face aux désirs multiples de l’homme dont la satisfaction forcenée l’amenait souvent à oublier les autres.

Il écoutait avec curiosité les plaidoiries des avocats :
– Il y avait ceux qui se basaient sur les faits, rien que les faits et développaient leur argumentaire en tentant de démontrer que leur client n’avait pas transgressé la Loi en accomplissant les actes objets du litige.
– Il y avait ceux qui racontaient une histoire, évoquant les problèmes de leurs clients, leurs combat pour réussir et citaient moult arrêts de jurisprudence pour démontrer que la Loi n’était pas adaptée ou applicable aux faits incriminés.

Parfois, il était troublé quand il lui semblait que l’avocat de telle partie aurait pu soulever un moyen de défense plus approprié. Mais il était juge et non avocat et devait prononcer la sentence en fonction des faits révélés et des moyens utilisés.

Il lui arrivait de se rappeler cette phrase de Mère Térésa : « Si vous jugez les gens, vous n’avez pas le temps de les aimer ». Il se rassurait en se disant qu’il jugeait des actes et non la qualité humaine de celui qui les avait réalisés. La question restait, néanmoins posée : « Mes jugements sont ils justes ? Certes, ils appliquent la Loi, mais la Loi est elle toujours juste ? »

Il se disait que les Juges auraient pu s’appeler : « les policiers du droit » c’est-à-dire ceux qui constatent et sanctionnent tout manquement à la Loi.

Ces interrogations étaient elles utiles ? L’amèneraient-elles à devenir un meilleur juge ? Il n’en était pas certain. Il se demandait si elles ne constituaient pas un alibi pour nourrir ses doutes et expliquer ses faiblesses.

lph

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