L’heure du loup

La lune foudroie les feuillages, mobile rouille au-dessus d’un tronc brisé. Là, une fille. Ses pommettes s’ornent de trois petits coquillages pourpres, son œil cerné d’eyeliner palpite silencieusement tandis que ses lèvres esquissent à peine un sourire.

Hors de la nuit et jaillis d’on ne sait où,  des bois-bijoux calcaires se sont démultipliés. Songes de mauvais goût. Le poil luit et la ramure frissonne en aiguillettes attroupées par les caprices du bruit. Celui de pieds nus dans les flèches de pins, des branches en guise de chaussons. Le terrain est sec et les chevilles épaisses. Une veine bat. Du bleu dans le bistre alentour. Rampent des serpents animés, des lombrics en rut ou des chaînes endiablées, faune fouillant l’humus. Or la fille s’enfuit. Vole sous les rectilignes arbustives. Sa jupe meurtrie se plisse, chiffonnée et boueuse. L’ossature est gracile, les cheveux épars et les yeux clos. Forcément chute dans les branchages, des folioles l’encadrent, la protègent et la bercent. Accroupie torse nu.

L’astre dessine la face honteuse. En arrière-plan, des ombres. Angelots au chevet de l’éclaboussée. Voici le loup aux incisives sales. Il a perdu un croc dans une précédente bataille. Arbitraire et cruelle comme l’histoire la répète. Sa langue aspire la forêt et la nuit, l’humanité toute. Le refuge réside-t-il dans la brèche? Il s’agit d’une fissure creusant le roc. La mousse saupoudre la paume de la silhouette. Écorchée. Harcelée.

Erreur d’interprétation. La fille abattue gît toujours au sol. Elle se cache le sexe. Toujours la fille à la peau diaphane et aux seins menus. Des mains puissantes, l’une caresse les feuilles et l’autre empoigne le flanc. Flétrie avant même s’être parée de pétales, tubéreuse discrète qui aurait su cicatriser les plaies. Le trop plein, c’est le visage qui disparaît sous les mains étalées. Ce sont les ergots du rapace, armes tant écailleuses qu’acérées. Dieu sait comment ont basculé les secondes dans l’attente et les pleurs.

Les taches de rousseur se sont éteintes auprès des bouleaux vidés de leurs feuilles, seuls témoins à l’heure du loup.

15 janvier 2016

© Catherine Robert

L’heure du loup, photographies de Sophie Knittel, Galerie Le Lac Gelé, Nîmes

Catégories :Non classé

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