Comme un orage sombré dans l’indigo

Comme un orage sombré dans l’indigo, se lève le jour d’où sortent les masques éléphant. Une vieille aux chevilles raidies crie du fond de la cour Bamiléké Bamiléké. Tu émerges des songes dans lesquels se disputaient garance des pantalons coloniaux et bleu des fantassins de la Grande Guerre. Tu te souviens, tu résides à Djalon.

Comme un orage sombré dans l’indigo, les entrelacs de lés de coton dessinent des spirales polychromes. Au loin frappent les maillets de bois, claquent les lames de couteaux. Tu sors de la chambre, humes la poisse senteur du manioc et de l’amidon. Tes yeux devinent les cotons, les plastrons, les fronces.

Comme un orage sombré dans l’indigo, Djalon et son marché. Un monde où l’on mâche le cola, où les hommes peinent et suent dans leur pagne élimé. Tu lis des motifs dans les flaques rouges qu’ont laissées les militaires hier soir après avoir fait voler la poussière dans le clair obscur autour des nattes étendues.

Comme un orage sombré dans l’indigo, la toile protège le thé vert et fumant. On raconte qu’à cette heure de la matinée, montent se coucher dans les arbres les orangs-outangs (sic). Tu trébuches tandis qu’une corbeille pleine d’aluminium recyclé chute. Des perles de verre se répandent sur le sol aride. Tu as fait se taire les oiseaux.

© Catherine Robert

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