SMALL STORIES

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D’après les œuvres d’Adrien Lécuru et le préambule de Gilles Jacinto, commissaire de l’exposition JE/U(X)- Personne, personnage

Le sol meuble essouffle. Qui dans ces murs respire ? Personne. Je demeure aux aguets. Je perçois l’orange. Le casque. Le masque. Celui qu’on croirait de cire. Tous d’étranges gens. À la peau exsangue. Je suis tous ces anémiés.

Un interstice ouvert – Essouffler le sol meuble. Pénétrer l’air froid. Expulser l’air chaud. Être le sol meuble. S’essouffler. Être à terre.

Personne.

Quand à l’état civil, il arriva sans nommer son enfant

Un employé lui désigna le vide

Là où nul ne se tenait

Il dit alors « Sonia ».

Je perçois l’orangé. Là où je me trouvais pendant l’été 2003, j’ai listé l’orangé. La carotte, la jupe de la fillette, la devanture criarde des magasins…Je me suis vite ennuyé. Je me suis éloigné. Je me suis isolé.

Ce brouillage des frontières – Respirer dans ces murs. Se taire dans ces murs. Du réveil mesurer l’aune. Ne pas ressentir…

Celui qu’on croyait de cire, en fait

Se révéla comme tout homme

Ni plus ni moins.

Mais de lui, on aurait dit un personnage

Ma peau est exsangue. Il en résulte une attraction morbide et une répulsion de même nature. Je refuse de choisir.

Flottement d’entre-deux – Demeurer aux aguets encore et encore.

Depuis toujours

Il a aimé les masques

Je suis tous les anémiés. L’anémie personnifiée. Je suis l’Anima des Anciens. Je suis l’Antique, taillé dans le calcaire.

Réels et évanescents – Voir pour la première fois. Être hypnotisé. Ne rien entendre. Ne pas se souvenir.

Il avait des gestes lents et continus

Ses silences l’étaient aussi

Je froisse un mouchoir dans ma poche. Je fais un petit salut de la tête. Je suis comme étourdi. Je suis noir profond.

Correspondance ou contradiction – Rester dans l’obscurité totale. S’ébrouer. Être happé. Chose rare.

Il y a quatorze ans, il a lâché prise.

Il lui a semblé qu’on cherchait à le protéger.

Ce qu’il cherchait, déjouer les lois de la gravité

Sa vie n’a tenu qu’à un fil.

Je pense en rythme, lumière et précision. Je sculpte la fragilité. J’allume un feu d’artifice. Je dis la détresse. Je suis muet.

L’apparition et la disparition – Ne pas s’affaisser. Se cramponner à sa conscience. Explorer les confins du langage.

Il a été infirmier

Comment cela est-il pensable ?

Amoureux

Il ne sait plus exactement de qui !

Il a reçu et lu tant de lettres

Il a exercé le tai-chi

Il a photographié, beaucoup photographié

Il a été vigile

Corps immobile et robuste, frêle cependant

Il a vécu la guerre à Sarajevo

Il a vénéré James Bond et Marguerite Duras

Il s’est laissé happer

Et désarçonner

Il est mort d’une overdose de cocaïne à 27 ans

Un fruit. Un miroir bleuté. L’hypnose d’un soir. Répétition sans béquilles. Amour incestueux, effroyable et honteux. Préambule et clôture de ma vie.

Ces déficients du désir. Ces gens déambulant sans réponse. Sans âme. Ne songent pas à leur temps passé. À la concentration de leur temps écoulé. Je suis il, je suis elle, je suis tous. Je suis les yeux, j’essuie mes yeux. De loin, de près, mon regard hésite, il se détourne et il ignore la solitude des mondes. Il ne peut pas. Mon regard revient. Je pense avant – je veux dire autrefois – puisque ces gens ne signifient pas d’après. Je me calque sur l’autre. Je ne sais plus où je suis. Je ne sais plus qui je suis.

 

© Catherine Robert

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