Visages jamais vus. Ainsi va. Le rêve ou la vie. Dessiner un chemin entre le plat et le volume. De frontière non. Dehors les bruits matinaux. J’aime m’arrêter. Posture verticale soignée dans le maintien des muscles. Et là je pourrais rester, résister, rencontrer. Le sable reçoit les empreintes, la pierre restitue les traces. L’homme en face.

 

L’homme en face de moi m’indiffère.

Les bruits matinaux feutrés, ombrés de l’espace de calcaire clos. Pas si clos qu’ça ! Des fenêtres découpent la lumière. Dehors vrombissent mouches et abeilles.

J’aime m’arrêter, m’asseoir, m’imprégner du lieu, m’y reposer comme au creux d’une coupelle, humer les sons, boire les odeurs silencieuses et campagnardes, décrypter les empreintes.

L’homme en face de moi pourrait être moi.

Les bruits matinaux se gorgent de lumière. Les lianes végétales pendent dans la transparence. Les vieilles pierres se rappellent.

J’aime m’arrêter et écrire dans ma tête, des choses sans suite, des ébauches de pensée, des non-pensées. J’aime me recueillir dans l’offrande inouïe du silence bienveillant.

Les rayons de soleil nimbent les visages, ornent les tuiles, soulignent le petit pan de mur crème.

L’homme en face de moi a une jambe de bois.

J’aime m’arrêter de penser ! Quel repos ! Déambuler sans but, laisser agir le hasard, ramasser une feuille, une pierre, découvrir l’animal en elle, devenir animal…

Les bruits matinaux ont un goût d’aube, de jamais su : l’ineffable du monde… Tout bruit silencieusement. Une cloche a tinté. Le monde existe alors ! Tel Rousseau réveillé dans sa barque, certains bruits du monde nous rappellent à l’ordre…

L’homme en face de moi parle la langue de bois.

J’aime m’arrêter de parler : le silence se fait feutré, la lumière douce. Se poser là, se pauser enfin, se déposer, se reposer. Les contours disparaissent, l’enveloppe charnelle s’amenuise, tout se dissout : c’est l’extase silencieuse…

Trop-plein de bruits, fracas de la rumeur. Qu’il est bon, au cœur du silence, de laisser advenir un trille d’oiseau, une note flûtée, un tintinnabulement.

L’homme en face de moi aimerait aller au café pour boire une lampée, prendre la pose, faire une pause, en bleu et crème, destin rayé…

Mais les verts paradis des amours enfantines…

Combien de visages multiples nous offre une même journée !

© Christel

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