Il était une fois un homard qui attendait la cuisson. Son désir de devenir rouge de plaisir s’est transporté sous le chapeau de cette jeune femme qui se cherchait, éperdue, dans la forêt.

C’est un éveil, je m’éveille, je reprends conscience semble-t-il depuis une éternité, mon corps est intangible, je pourrais être né dans une pierre, je ne commande rien, je ne sens rien, vois-je ? Je mobilise ma volonté, mes forces, où suis-je ? Je pense à l’idée de battre des paupières, je pense à voir… vois-je ? Lentement une idée de couleur fait son chemin dans ma conscience, du bleu ? du gris ? du jaune ?  Peut-être un peu des trois, des formes ? Arrondies, rares, je pense à l’idée de bouger et mon champ de mal vision s’étend un peu, je crois bouger mais mon « corps » est comme entravé, raide, insensible. Je ne sens rien sur ma peau, je ne sens pas mon visage. J’ai envie de crier maintenant je crois, où est ma bouche ? Je crie sans bouche, je crie…je crois pleurer…je porte une énorme pince rouge à…mon…VISAGE !!!

La porte grince doucement quand on l’ouvre, elle est trop petite pour le chambranle, un gros rai de lumière poussiéreuse nous avait déjà prévenus. La chambre de la jeune fille entre ombre et lumière crue est poudrée et suffocante. Le soleil s’abat sur les persiennes avec violence, il s’introduit et viole le silence, la candeur et l’absence, le temps suspendu. Depuis l’entrée nous sautent aux yeux l’édredon joliment frangé, les poupées mal fagotées aux yeux de billes noires, une étagère pleine de livres, de petits objets porteurs de sentiments enfuis, de poussière millésimée. La tristesse, âcre, nous prend à la gorge.

Je suis racines innombrables, branches, feuilles, terre, vermine grouillante, œufs, cadavres, bois millénaires érigés en arches concentriques, je suis vapeur de pluie, grains de poussières, fruits, coquilles, mousses et pierres, araignée et cerf, je fabrique le monde, je suis forêt.

Je joue un jeu dedans et dehors

Qui est moi qui n’est pas moi

Je joue un jeu plaisant et retors

Qui est là ? Répondez ! Dites-moi !

Jacques a dit debout les homards

Personne ne s’est levé

1, 2, 3, Soleil ! Je t’ai vu bouger

Qui ? Toi, le homard.

Le monde des autres, les points de vue, la perte de l’identité, l’oubli des vies antérieures, des personnes disparues, les bruits intérieurs, le sang qui bat et l’esprit qui se débat, le double, l’alter ego, les doubles, les mondes, la lumière.

© Véronique

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