Berlin 2008 E16

  1. En état de choc

A peine franchit-elle la porte de ma chambre qu’elle s’exprime par saccades, comme en état de choc. Elle dit qu’elle veut supprimer la brûlure des yeux, la vitesse du cœur, la combustion vive dans l’abdomen. Elle raconte. Tandis que les zones sombres et striées l’enserraient, elle marchait le long du trottoir. Les volets n’étaient pas fermés sur Kastanienallee. Les devantures se succédaient, des femmes la saluaient. Un homme blessé aux yeux azurés lui avait demandé « Faut-il encore recevoir le soleil, aujourd’hui ? ». Il avait eu sa dose. Un vagabond ceint d’une couverture en poil de chèvre était étendu à même le sol, il fumait tout en lisant Nietzsche, il prenait la mesure de sa folie. Elle avançait, ahanant comme une vieille de quatre-vingt ans qui, à mains pleines, ramasse les seaux de plumes d’un champ semé contre vents et marées par les indiens.

Catherine Robert

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