Berlin 2008 E17

Je ne comprends pas tous ses propos. Je n’aspire plus au repos. Elle me demande une cigarette dont elle voit le paquet sur le bureau. Elle aspire rapidement, le regard fixe, l’œil un peu enflé, l’autre main dans la poche de son blouson court comme si elle allait repartir aussi soudainement qu’elle est apparue. Un de ses collants en laine rayé est troué, conséquence de sa chute quelques heures auparavant pratiquement sous mes yeux. La masse de ses cheveux est mal cachée sous une casquette mordorée. Elle poursuit. Elle avait dépassé des portes blanches surmontées de médaillons, de jardins suspendus, le n°32 recouvert de graffitis, le n°56 encadré de plantes grimpantes, le n°67 à la restauration rococo. Elle avait traversé à la station Eberswalder Strasse, deux hommes qui discutaient âprement l’avaient empêchée de récupérer la monnaie de son döner. Elle avait grimpé les marches pour rejoindre la verrière turquoise et écaillée de la rame de métro urbain, avait survolé d’un regard morne les bicyclettes qui circulaient dans la rue et m’avait vu tâtonner et saisir le code de l’entrée de l’Apartmenthaus. Elle était redescendue, elle s’était dépêchée, un livreur l’avait laissée entrer à cette heure tardive, elle avait repéré la lumière de ma chambre au dernier étage, était repartie puis revenue. Elle ne savait pas pourquoi, jamais elle n’avait fait cela de sa vie.

Catherine Robert

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