Berlin 2008 E20

– La nuit, les quartiers étaient éclairés par de pauvres petites loupiottes, accrochées en haut de poteaux, de malingres arbres arrachés aux montagnes environnantes. Tout le monde se dépêchait d’aller chercher les armes. A Shkodër, les gens ont envahi les casernes, les familles sont reparties avec les fusils, les enfants riaient, les hommes étaient ivres, les femmes se fâchaient. Mon père répétait « Kanuni, le code du pays des aigles ». Sa peau portait la trace de balles, sur les épaules et sur le bras gauche. Lorsque le dimanche je le voyais en maillot de corps se passer la tête et le visage sous l’eau froide, ses cicatrices me faisaient peur.

– Dans les années quatre-vingt dix, mon père a quitté la campagne, il a rejoint la ville, dans les fonderies. Les bâtiments étaient vétustes, les vitres cassées, les outils désuets, il faisait trop chaud, il faisait trop froid, le travail était pénible. Les bustes de Staline, debout, couchés, cassés, recouverts de graffitis. Dans l’angle de l’atelier, les hommes au torse nu faisaient couler le bronze dans de grands réchauds. Mon père m’a maintes fois raconté « Ce fut la liesse le vingt février 1991 quand la statue d’Enver Hoxha fut renversée et piétinée par la foule. »

Catherine Robert

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