Berlin 2008 E21

– Mon frère m’a rapporté avoir assisté à cela, dans un terrain vague, les hommes avaient la tête recouverte d’une cagoule, ils effectuaient des gestes, ensemble, les armes posées à terre, en cercle, un homme avec un sifflet donnait le rythme des empoignades, des figures de combat. Le frère de mon père s’appelait Anton, il avait les mains très fines, toujours une cigarette entre l’index et le majeur recourbés. Je ne l’ai jamais vu sourire. Il trônait assis chez lui dans un fauteuil en cuir qui semblait ne pas avoir d’âge et ne pas pouvoir décrépir un jour. Qu’est devenu ce siège après la mort de mon oncle ? Bukurie ne l’a pas récupéré.

– Ma grand-mère disait de son pays que c’était le chaos. Les femmes étaient fortes, toujours à la tâche. Bukurie savait lire, elle savait écrire aussi, elle accueillait les hommes du village pour écrire leur courrier. Elle avait beaucoup de pouvoir. Elle me répétait « Jure-moi que jamais tu ne tendras la main. Ta mère n’a jamais pris ton frère et toi dans ses bras, les yeux fixes, la bouche serrée, la main dure, un billet chiffonné dans la paume. Jamais tu ne le feras. » Elle disait aussi « Je suis vieille, ma jupe est rapiécée, il manque des boutons à mon gilet, mon châle est troué mais je suis fière, je suis Bukurie. J’ai élevé mes fils, ils m’ont été repris, je protège ta mère, je te protège, je protège Emin. »

Catherine Robert

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