Berlin 2008 E23

Je la presse de questions.

– Comment survis-tu ?

– Là où tu m’as relevée de ma chute, il y a un bar au second étage, le café a ouvert sans serveuse, ils m’ont employée, je fais le service, durant cinq soirs. Et la vaisselle du brunch, le dimanche à l’angle de Shönenallee.

– Et ton frère ?

– Je préfère qu’il ne sorte pas trop. Depuis la mort de notre grand-mère, il s’est renfrogné davantage. Le Kanun vit en lui. Emin veut être fidèle.  Il reste avec moi comme il est resté avec Bukurie, il ne sait pas bien vivre. Juste comme les kosovars, les macédoniens, les monténégrins. Il est leur frère avant que d’être le mien. Il est avant tout un exilé albanais. Sous l’occupation de notre pays, sous la dictature, en exil, l’albanais est résistant. Voilà ce qu’on lui a toujours répété. Mais Emin n’a pas beaucoup de force, il est hésitant et je dois le protéger.

– Et toi ?

– S’il meurt, je n’existe plus. De toute façon, je n’ai plus de bétail, de terre, ni de maison. Je ne sais même plus à qui ce rien reviendrait. Je suis une femme, je n’appartiens qu’à la génération du sein, je ne transmets que le tambël, le lait, mon seul droit est celui d’être une vierge résignée et jurée.

– Mais, qui peut retrouver Emin ? Et dans quel intérêt faire autant de kilomètres pour le tuer ?

Elle préfère parler que répondre aux questions. Je resterai ainsi souvent sans réponse de sa part.

Catherine Robert

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