Berlin 2008 E36

– Après cela, ne plus jamais rebrousser chemin, courir, plonger dans les wagons, les camions et les grosses cylindrées, devenir cette fille endurcie qui porte le couteau de cuisine de sa grand-mère comme talisman, Emin à mes basques, personne ne m’attend, je n’attends personne.

– J’associe l’exil au silence. Emin guettait le ciel, il se levait toujours à l’aube. Nous n’avions pas de passeport. Nous jouions aux routiers, nous ne dormions plus la nuit chez nous. Nous n’étions pas faits pour voyager ensemble, j’aimais rouler la fenêtre ouverte, la cendre s’échappant dans le paysage, il demeurait emmitouflé et grognon. Parfois les passeurs roulaient trop vite, dangereux. Nous étions déracinés mais je le savais, nous atteindrions notre but. Nous mâchouillions des sandwichs, laconiques.

– « Chaque jour que Dieu a fait est béni », Emin disait cela. Je songeais à Dieu et à notre mère, restée à Shkodër.

Catherine Robert

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