Berlin 2008 E42

Parfois, la vieille poussait les miettes. « J’vais te raconter ». Bukurie soliloquait, cette fois-ci à propos d’un voyage réalisé dans sa jeunesse sur les bords de l’Adriatique. Elle affabulait « Ça n’avait pas traîné, une fois que la décision avait été prise. Tu peux pas t’imaginer, des cultures de melons et de pastèques à perte de vue, des kilomètres à la ronde, sous serres, du plastique ondulant pendant des lieues. Face à la mer. On avait pris pension dans une petite ruelle. J’avais failli passer par-dessus le balcon. Les chambres n’étaient pas équipées de moustiquaires. On s’était endormis au lever du soleil. C’est les gamins, deux heures plus tard, qui nous avaient réveillés. Ils poursuivaient les dindons tout en criant pour vendre leurs figues de barbarie. En contrebas déjà les lézards que le soleil écrasait sur la terre battue… » Je la suivais des yeux. Je l’aimais ! J’étais là, près d’elle, comme depuis toujours. Elle m’avait recueilli. On travaillait. On resterait encore un bon bout de temps ensemble. C’est ce que je croyais. Cet après midi-là, elle avait planté des radis, des poivrons et des échalotes. Il aurait fallu y aller plus souvent. Elle trébuchait maintenant. Elle égarait les semences. Elle s’était relevée, l’air perdu.

Catherine Robert

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