Berlin 2008 E43

– Mon petit, on aura du mal à le revoir.

– De qui parles-tu Bukurie ?

– De Gjorg bien sûr, tu as vu comme il s’est dépêché de sortir de l’épicerie !

– De quel moment parles-tu Bukurie ?

– … Et ces pommes de terre qu’en as-tu fait, de ces pommes de terre ? C’est la lune à mettre en terre.

 Depuis toujours Bukurie savait semer, récolter, chaparder aussi et se gaver de fruits pourris. Mais voilà, elle perdait la mémoire, la mémoire de ce qu’elle faisait, la mémoire de ce qu’elle était, la mémoire de ce qu’elle voulait, la mémoire d’où on la poussait et pourquoi. Et ce jour-là, davantage encore que d’ordinaire, Bukurie rabâchait. « Te pers pas, t’égares pas, sache fermer le sac de temps à autre. Viens mettre la table. Après t’iras cueillir quelques tomates. J’ai remonté l’eau du puits. Verses-en dans la carafe verte. Lina vient manger. » Lina n’était pas venue manger. Elle était à l’hôpital, Lina, ma mère à moi, Emin et à ma sœur Zana. Je ne pouvais même pas la prévenir, elle n’avait plus toute sa tête, elle non plus et depuis bien plus longtemps que ma grand-mère qui avait veillé sur moi, qui serait resté enfermé sinon. Bukurie s’était écriée.

 – Le feu. Les flammes l’encerclent. Il a voulu brûler les herbes. Comme il est têtu. Gjorg, ma tête de mule !

 Puis, elle s’était écroulée. Ça s’était passé comme ça, la mort de Bukurie.

Catherine Robert

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