Berlin 2008 E44

  1. Nous ne nous sommes jamais revus

Zana aussi m’a parlé de leur grand-mère, de Bukurie et d’Emin, comment elle avait été toujours présente, tant qu’elle avait pu. Sa grand-mère se confiait à elle, même alors qu’elle n’était qu’une enfant. Elle était l’aînée et puis elle était une fille. Zana me racontait « De temps à autre, elle n’en pouvait plus. Son dos lui arrachait des sanglots. Silencieuse, elle quittait la chambre. Elle disait mes heures. Du café réchauffé faisait son affaire. Elle s’emparait du dictionnaire et elle lisait. La lumière devenait plus douce, les heures filaient, Bukurie éteignait la suspension. C’était le moment que choisissait Emin pour gémir. Le rituel démarrait, dès les premières heures de la journée. Comme au premier jour Bukurie le retournait, elle lui massait le dos. Le murmure de l’enfant se confondait avec celui de sa grand-mère et ils se rendormaient au petit jour. D’emblée, Lina avait su qu’elle attendait un fils. Emin serait ce fils, le fils enfermé. La bouillie coulait de la bouche non synchronisée, les bras ébauchaient des cercles mystérieux, le tintement d’un bâton en bois au cours de la sieste et le gosse s’illuminait. » Les soins de sa grand-mère avaient empêché son frère d’être tout à fait idiot. Il en était resté une bizarrerie, un adolescent buté et silencieux. Sa mère Lina n’avait pas supporté, elle avait sombré de tant de malchances, elle résidait depuis plusieurs années à l’hôpital.

Catherine Robert

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