Ecriture en patchwork

« Une distraction, un mouvement d’hésitation ou de frayeur suffiraient pour le perdre » Prosper Mérimée, Mateo Falcone, 1829

Je me souviens de ce jour de féria dans les arènes de Nîmes.

Le sang coulait.

Assise dans la foule, je regardais ce torero humble et immobile, dressé dans son habit de lumière, tandis que les flashs crépitaient.

J’entends encore le cliquetis des appareils photos, pour retenir en images ce souffle succinct, ce moment suspendu où l’homme et l’animal ne font plus qu’un.

J’ai souffert tandis que les passes se succédaient, que cette cape rouge dansait et faisait danser ce corps démultiplié lié au taureau en une funèbre chorégraphie.

J’entends encore le silence, le souffle en arrêt, ces spectateurs qui attendent…

J’entends l’odeur du sang, la chaleur et la poussière et je rêve…

 

Je rêve que ce combat se transforme en opéra de Carmen.

L’animal devient femme à la lourde robe noire cousue de fils d’or créée par Christian Lacroix.

Je rêve que des paysannes dansent au son des tambourins.

Je rêve d’un tapis de fleurs aux milles couleurs…

Et je voyage ainsi de Nîmes à Séville où Carmen danse et aime à en mourir.

Danse Carmen, danse, le torero n’est pas loin !

© Muriel