On Being an Angel

Sol jonché, maison délaissée.

Maison qui fut habitée de mille vies passées par là.

Aujourd’hui fenêtres béantes, volets claquants, lancinants.

Mille passages, mille arpenteurs de ces larges planches.

Bois brut et noueux qui se souvient des mille pas,

menus d’enfants, lourds de la fatigue mûre, les années passant.

Papiers épars au sol.

Un jour pourtant, la maison fut close, chaude

et habitée de rires, une maison claire baignée par la rivière.

Elle bat à tous vents aujourd’hui, depuis l’effraction :

un ange étrange fit irruption un jour de grande clarté,

dont les ailes chuintantes faisaient tomber les menus objets de la vie simple.

Un ange bouscula la vie tranquille,

fit chuter la mère, renversa l’aïeul,

emporta l’enfant dans un tourbillon de cris.

Après, la sidération du désespoir.

Le silence d’une maison sans petit :

on n’y riait plus, on n’y piaillait plus.

L’aïeul atterré ne quittait pas des yeux la fenêtre aux vitres explosées.

La mère griffait le sol à la recherche de plumes éparses

arrachées à l’ange ravisseur.

Le crépuscule recouvrit l’effroi.

Un brouillard noir était descendu comme si

toute cette furie avait été engloutie sans trace

dans la rivière comme du feu.

 

Christel

[à propos de On being an angel, Francesca Woodman]

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