Ce que tu as tu

Tu planteras les années. En résonance…

Tout commence ici, à Anvers quand tu oublies ta chemise blanche près du vieux cyprès chevelu que tu aperçois, déformé, à travers les carreaux de la salle de bain, là où les ombres fluctuent en de sombres gestes, biffures laminées depuis la nuit des temps. À l’arrière plan, une prairie comme un fleuve de pâquerette et de grande berce. Mutation végétale. Élégante calligraphie. Une nature que tu reconfigures – à l’horizontale, à la verticale. Ce que tu as tu.

En amont, il y avait les grands résineux dominant un autre parc, devant une maison de maître. Alors, tu rêvais d’un esquif parmi les iris d’eau, de cueillette de pommes d’or, de thé à la menthe à même l’herbe, tu rêvais d’ailleurs. Depuis la fenêtre ouverte sur un ciel d’orage, air saturé de rose gris puis arc blanc, tu survolais – à même le tronc – les forêts de gymnospermes Ce n’était pas ici, tout près du bruissement de la Méditerranée, mais en Arizona. Un flash après un fix d’héroïne. Ce que tu as tu.

Ce que tu as tu. Ton impuissance face aux arbres saillant du sol gelé. Les arbres dénudés en une nuit. La neige lustrée de sépia, mousse spongieuse étirée au sud comme un fil de bave.  Les feuilles mortes piétinées, les blocs rocheux érodés, les cieux couverts de bois et de métal. On piétinera le monde soumis aux maux climatiques. L’humain sans humanité après les avanies humaines. Tu accompagneras le chaos.

Catherine Robert

Orage en Arizona, juin 2016, Phoenix New Times

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