Berlin

Ma Candida,

Tu as saisi sous verre la belle dont nous rêvions enfants, son visage parfait et son port hiératique – oubliés les cieux égyptiens et le charme du Nil – un autre sanctuaire accueille notre amie, un abri ivoire non restauré même si je reconnais les feuilles d’acanthe et les angelots barbouillés du Quattrocento.  Néfertiti baigne dans un silence vertical. Tu me dis que tu loges à Prenzlauer Berg. Fait-il aussi froid que lorsque je t’avais accompagnée ? C’était l’automne rouge, la brume nous étonnait, le crépuscule tombait si vite que nous courions alors nous réchauffer d’une bière et nous riions, bien au chaud sous les couvertures du café. Les souvenirs sont prégnants. Je reviens de la plage, la Méditerranée est plane et chaude comme nous l’aimons, à l’aube je m’y baigne, son eau est encore limpide. À très bientôt, sœurette. Je t’aime. Ta K.

Très chère K,

Comme il est bon de te lire. À travers les quelques lignes que tu m’envoies, je me retrouve plongée dans nos souvenirs…Je suis toujours à Berlin mais plus pour longtemps. Je pars à Amsterdam dans quelques jours où une place au Rijksmuseum m’attend. J’ai hâte d’y être. C’est un endroit magnifique. Des milliers de vieux livres reliés de cuir répandent leur parfum. Un escalier en colimaçon. Une verrière laissant entrer une lumière douce. Lumière si particulière du nord, si loin de ton univers… Je pense à toi et t’imagines au soleil, la peau dorée… Sois heureuse ma douce. Je t’aime aussi. Ta C.

Ma Candida,

Les petits morceaux de nos vies se dispersent, de la Méditerranée à Amsterdam. Mais quand donc, pourrons-nous nous retrouver ? Heureusement, chacune de notre côté, nous connaissons le luxe et la volupté des lumières magnifiées. Nous vivons aux antipodes, mais nous avons la mer et les embruns de lumière inondent tout. Les peintres ne s’y sont pas trompés, Flamants ou de Provence, vivons avec eux ! K.

Très chère K

Nomade je suis, nomade je poursuis. Je vogue mentalement vers l’océan, dans une semaine je traverse l’Atlantique, j’aimerais que le buste égyptien m’accompagne, ce fut un peu ma sœur de substitution. M’attendent les rayons de la Pierpont Morgan Library et,et,et…ensuite ta phocéenne. Oui, je passerai à Marseille ! À très bientôt. Ta C.

Collectif

Neues Museum Berlin IX, Candida Höfer, 2009

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