Séville

Chère Candida,

Un an déjà que nous nous sommes rencontrés. C’était à Séville, aux Archives des Indes. Tu y venais pour la première fois, j’étais un habitué. Je venais m’user les yeux à fouiller dans les vieux écrits. J’y découvrais la lumière du sud, les Antilles espagnoles, la chaleur sur les plantations, le soleil sur la mer. Toi, tu venais en photographe, chercher une autre lumière. Loin de chez toi, tu m’as montré ce que je n’avais jamais vu ici. La blancheur monacale du lieu, les arcades qui capturent le soleil et le redirigent vers le sol. Le carrelage noir et blanc qui ne se métisse pas, le noir résiste et le blanc, parfois, s’évanouit dans un éclat de soleil trop fort. Je te parlais du lointain écrasé de soleil, tu me répondais qu’il était ici même, distillé à petites doses, exprès pour me nettoyer les yeux de ses pattes de mouche antiques. Comme j’aimerais, maintenant, que tu m’expliques la lumière de chez toi. À bientôt, j’espère, bien plus au nord.

Très cher,

Une surprise et un bonheur de te lire. Mon âme s’envole. Sévilla…Mes pieds nus sur les dalles du sol. Le carrelage que je foule ici est celui de la demeure normande où est né Marcel Duchamp, je suis réveillée par le clocher voisin et ses nuées de corbeaux. La lumière pénètre difficilement dans les bâtisses de la vallée du Crevon. Ô, ce désir qu’a ressenti notre père de l’art conceptuel ! Il me tarde d’en finir avec le reportage que j’effectue à Blainville pour les cinquante ans de sa mort. Et ensuite, je m’envole pour Pondichéry, quelle coïncidence. ! Affectueusement

Chère Candida,

Comme je comprends ta hâte de t’envoler pour Pondichéry. J’avoue que la lumière, l’atmosphère que tu décris de Blainville ne me fait pas rêver. Je préfère et de loin, les couleurs de Séville. Écris-moi s’il te plait, lorsque tu seras en Inde. Bien à toi.

Mon ami,

Rien ne vaut les longues discussions que nous avions en soirée, devant le soleil finissant. Je compte bien revenir te voir et te présenter mes photos indiennes. Je découvrirai l’Inde comme le pays de toutes les surprises, j’en attends beaucoup. Il faut vraiment que je te montre ces photos, ni de chez toi, ni de chez moi. A très bientôt !

Collectif

Archiva General de Indias Sevilla IV,Candida Höfer, 2010

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