Un nounours de travers

2019. Foutu mois d’janvier. Pas un sou.

Froid. Jusque dans les os. Carré d’Art, le bon plan. Suis rentré là. Par hasard. Marre d’avoir froid. On n’est que le matin, merde !

Fait plus chaud dedans. Lambeaux de phrases. Talons qui claquent. Journaux, revues, qu’est-ce qu’ils lisent !

Quels titres ! «Enfance en déshérence », «Enfants placés, enfants sacrifiés », «On se sent tous pauvres aujourd’hui ».

Tiens, j’en prends un : un nounours de travers, on dirait moi. Les lettres se brouillent. Je vois pas bien.

Foyers d’accueil et viols à répétition entre enfants…Victimes et bourreaux…ça tangue dans ma tête.

J’peux pas m’concentrer ; ça hurle dans ma tête.

Mes voisins commentent à voix haute le PMU.

Crise, carence, parents déficients, violence , maltraitance…

Pédopsychiatrie absente. Enfer des foyers.

Ici, des mères aimantes, des enfants joyeux…

2e sous-sol.

Suis descendu, cause que j’ai vu une affiche : expo photo. Ça s’expose, les photos ?

On y va. C’est vide, ça résonne, c’est noir sur blanc tranché.

Trois p’tits tours et puis s’en vont. Une famille a fait le tour au pas d’charge.

Moi, j’m’assois. Suis bien là, bien calé dans leurs drôles de sièges, on y est enfermé comme à mi-cage. Ça tient chaud aussi.

« C’est des Roms ? », qu’y demande , le type au bonnet qui mâchouille. «C’est des Roms », qu’y déclare.

C’est plein d’femmes sur les photos. Qu’ont du caractère. Tranché noir sur blanc. Des chouettes photos prises en oblique : visages, chevaux, barbelés.

ENFANTS-ROIS ! Y en a qu’ont eu d’la chance .

Moi, j’voudrais être ce cheval blanc qui s’enfuit dans la nuit.

Toujours des talons qui claquent et des voix d’enfants qui s’exclament. Je gicle !

1er sous-sol

Pas possible ! Des disques, partout. Muzak everywhere !

Je glisse Iggy dans la fente. Le pied ! C’est chaud .

Tombe bien parce que, côté chaleur, c’est pas ça. Peuvent pas pousser le curseur ?

Waouh, les guitares ! Déjà fini ? Ah non, un bon vieux blues. Pile s’ki faut pour dire ma sale tristesse.

« Coz I’m a man », qu’i dit l’Iggy ! Ça, j’en ai jamais douté. Son lourd, moite, quasi mort.

Ça repart, ça parle de femmes et d’amour et les guitares glissent, brûlantes et lubriques .

Ça va mieux, j’oublie un peu la dèche. La solitude. L’enfance crade.

Bon rythme, noir et bluesy. Saturé.

Ça repart. J’oublie. Je descends dans la guitare basse. Me faudrait une bonne bière maintenant.

Oh, les riffs !

3e morceau: ça déferle. J’oublie l’air froid. Ça dégage brutal. Quasi punk. «I got a right», qu’ça s’appelle. Un peu mal au crâne. Solo de guitare sur fond de ciel très bleu. J’ai levé les yeux. Un peu de ciel bleu: ça promet!

Le casque vissé, j’ai l’impression d’être seul, et très entouré. Do you feel it? Oui, je le sens. Détroit,1972.

4e niveau. Si je pouvais, je danserais bien un rock, avec une petite sympa, tiens, celle-là derrière, aux longs cheveux en jeans et bottes fauves.

Et l’Iguane qui feule, tout seul dans mes oreilles! Le kiff! Et les guitares, bon Dieu, ça jute ok…

« Gimme some skin », c’est ça, donne-moi ta peau, mec, j’en ai besoin. Que j’en change enfin.

Sortir d’ici, réchauffé, requinqué. P’têt la p’tite va m’kiffer et m’offrir un café…

Rêve, l’iguane, rêve, et mue!

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