Enfermé

« Ne me quitte pas…prends n’importe quelle forme…rends moi fou! Mais ne m’abandonne pas dans cet abîme où je ne peux te trouver! »

A genoux dans cette pièce sans fenêtres, aux murs nus et froids, l’homme soupire, gémit et pleure.

Il ne sent pas la douleur de ses membres engourdis.

Il ne sent pas l’humidité du cachot qui le gagne.

Depuis combien de temps est-il ainsi ?

Il ne sait pas et il s’en fout !

Il a perdu la notion du temps. Le temps n’a plus d’importance depuis qu’il est ici.

Hier, aujourd’hui, demain, envolés.

Seules comptent les paroles du maître et les prières, les longues prières qui rythment chaque journée, qui rythment ses pensées.

Pourtant ce matin, il doute.

Il a perdu le fil. Il a perdu la foi.

Il ne trouve plus dans ces prières le réconfort espéré. Il se sent seul comme avant, avant de venir ici, dans ce monastère, se perdre hors du monde dans cette communauté religieuse devenue sa famille, son guide, son soutien.

Avec eux il avait trouvé la paix, oublié la souffrance de ce monde en perdition.
Avec eux il avait trouvé un sens à sa vie et un chemin spirituel vers la lumière.

Enfin, c’est ce qu’il croyait.

Car aujourd’hui la lumière s’est éteinte et avec elle toutes les certitudes, toutes les croyances qui le faisaient tenir debout.

Pourquoi soudain ?

Pourquoi ce revirement ?

Comme un flash, comme une déchirure dans un brouillard opaque, un rideau qui se lève.

Il entraperçoit enfin que la vie n’est peut-être pas là entre ces murs épais et austères, que la vérité n’est peut-être pas dans ces discours psalmodiés inlassablement à longueur de journée par leur maître à penser.

Il ne comprend pas et il a peur.

Mais peut-être n’y a-t-il rien à comprendre…peut-être doit il juste accepter, accepter de ne plus croire, accepter de ne plus obéir, accepter de s’écouter.

Alors soudain, difficilement, douloureusement, il se relève, sèche ses larmes et se tourne vers la porte.

De l’autre côté, il sait que le monde est là, bruissant de vie, palpitant.

Il tremble, il hésite mais il avance, lentement, comme ivre.

Dehors il sent la caresse du soleil. Il entend le chant des oiseaux.

Il ouvre les yeux.

Incipit tiré de Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë, 1848

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