«Je m’appelle Souzain»

Je m’appelle Souzain.

Je ne fais pas d’histoires. Je suis là.

Souzain Pépère, ils m’appellent. Ça me va. Je suis allé à l’école, tout ça. C’était bien, mais j’étais pas trop au niveau, disaient les maîtres. Il est gentil.

J’étais curieux. Élémentaire [j’aime bien ce mot]

Aujourd’hui, j’habite «En Province» comme on dit à Paris. «A la Campagne!» c’est plus joli.

Je vis parmi les pierres aux couleurs d’ici, pas un château, non.

A l’école, j’avais découvert les suzerains. Tout de suite adoré ce terme, même si on ne le connaît pas bien. Souzain suzerain, non, pas moi.

Plutôt soumis, sage. Gentil, sans histoire.

Pas de ceux qui veulent commander… (pour quoi faire? de toutes façons, le soleil se couchera, pour tout le monde.)

Je profite de la chaleur du bois, ou du soleil brûlant, au gré des saisons

– j’aime avoir chaud, ça me rend plus vivant, en dedans –

L’Histoire de France, les suzerains et leurs vassaux, ça a commencé à me faire rêver, vers les 10 ans.

«Encore dans tes bouquins!? remarquait ma mère… va plutôt t’aérer». Mais au fond, elle était heureuse de me voir lire et relire comme ça, mille fois.

Personne ne pouvait m’imaginer roi, ni même roitelet, seigneur… de quoi que ce soit.

Souzain, pas bien malin.

Mais ça me va, je sais que le soleil se lèvera, demain.

Je regarde les oiseaux, qui jouent avec les feuilles ou perchés sur les branches glacées du cèdre, l’hiver.

Le bleu, la brume qui monte de la Vallée. Gris . J’aime avoir chaud, je lis derrière la fenêtre.

Le car-Bibliothèque vient le vendredi, au milieu du mois.

La vie va, comme on dit. Je suis là, je ne m’en fais pas trop.

Sauf quand mes entrailles se manifestent. Par périodes…

C’est important de les écouter, m’a dit le Docteur. «Prenez soin de vous, de vos abatis»

Je dois prendre les médicaments à l’heure, moi qui vis sans montre. J’ai droit à une cigarette le matin, lever du soleil sur le bois au bout du pré, café brûlant: que rêver de mieux.

Ces moments tranquilles. Debout droit ou assis là.

Tant qu’une bête n’est pas malade.

Et une autre le soir, coucher du soleil qui s’échappe derrière la colline.

Les teintes variées.

J’aime les histoires, mais ça c’est plus joli. Chaque jour.

Mon Petit m’appelle, tous les samedis.

Je regarde dans l’Atlas, où il est. Il me raconte ses paysages, les odeurs qui vont avec les cartes qu’il m’envoie. Elles couvrent le mur de ma chambre. Il me parle des gens, de l’aube, du crépuscule, de beaux mots dans des tas de langues. La saveur des cigarettes et des plats de là-bas.

Ça fait du bien.

J’aime les histoires. Je m’appelle Souzain.

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