Comme un fond de toile théâtral

Ici, là-bas ailleurs, elle avait un corps talqué pour contrer la gerçure du froid. Alors elle s’est mise aux coutures de vieux draps. Derrière les baies vitrées, paissaient les vaches. Elle, les ongles laqués, rêvait d’un long et grand voyage, exquis comme un fond de toile théâtral ou un jardin.

Ici, là-bas ailleurs, elle a déroulé le sparadrap patiemment, l’a plongé dans le thé et l’a fixé sur la soie. Elle a appelé le chien et ils sont sortis vers les carrières. Elle s’est enivrée d’oxygène et, à son retour, de champagne. Elle ferait des lasagnes, il lui manquait du thym, elle y ajouterait des bris de noisette.

Ici, là-bas ailleurs, elle a songé à Valentine qui lui offrait, pour chacun de ses anniversaires, un cyclamen déterré de son jardin. Valentine la sauvage parlait peu, elle l’aimait et en témoignait. Demain, il faudrait couper les fines branches de cornouiller sanguin sous le bourdonnement des abeilles dans les amandiers.

Ici, là-bas ailleurs, c’est l’Amérique et l’Asie mais aussi le Paris de Modiano qui, en ses phrases inachevées, explore l’intemporel. Elle a mangé des mandarines, a soigné son allergie dans les Cévennes et cueilli des violettes à la St Roméo. Jardiner rappelait l’oubli – ce qu’on élabore, et le temps – ce qu’on dorlote.

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