Un matin d’hiver

Elle n’est pas du matin, pourtant, ce jour là, avant même le lever du jour, ses jambes se sont mises à s’agiter nerveusement dans le lit.

L’envie était là, au fond d’elle, irrésistible et lancinante, de partir, d’aller ailleurs, hors de ces murs au papier peint défraîchi, lourds de souvenirs.

Envie d’autre chose, de lumière, d’inconnu. Envie de ne pas savoir de quoi demain serait fait.

Elle regarda l’autre côté du lit où jadis un second corps laissait dans la nuit noire son empreinte chaude et bruyante. Elle tendit la main, caressa le matelas et les draps froids, preuve de son absence. Plus un bruit. Il avait emporté ailleurs ses ronflements et ses rêves. Que c’était bon tout ce silence.

S’étirer comme un chat. Sentir son corps tout entier se réveiller. Apprécier l’espace, la liberté retrouvée. Hummm…Quel bonheur !

Elle soupira d’aise et ouvrit les yeux. Seul point lumineux dans le noir, le réveil indiquait 5 heures.

Elle se leva, ouvrit la fenêtre, poussa les volets et laissa entrer le froid de cette nuit d’hiver. La pâle lumière de la lune éclairait de ses rayons, blancheur nacrée, le jardin ivre de givre. Les arbres nus, fantômes phosphorescents.

Magie de l’hiver.

A nouveau bien au chaud sous sa couette, elle attendit.

Elle attendit que le jour se lève.

Elle attendit que les mirages s’estompent.

Mirages d’une vie disparue.

Mirage d’un rêve d’absolu.

Les fées ne sont plus.

Les loups sont là.

Dans la blancheur immaculée de cette nouvelle journée, leurs traces, propres, nettes, empreintes brûlantes dans ce froid.

La vie était là, dehors et l’appelait.

Son sac était prêt. Quelques affaires, juste le nécessaire. Alors pourquoi attendre?

S’habiller chaudement, vérifier une dernière fois n’avoir rien oublié, que tout était en ordre dans la maison et partir sans se retourner. Voilà, c’était si simple!

Depuis combien de temps marche-t-elle ainsi? Des heures ? Des jours ? Des années ? Quelle importance !

Les rayons obliques du soleil, dans ce froid glacial de janvier la guident. Vers où? Elle ne sait pas. Pourquoi savoir? Savoir où la vie nous mène n’a pas d’intérêt. Quelqu’un disait autrefois «le voyage c’est le chemin» ou quelque chose dans ce goût là. Ça y est, elle se souvient «l’intérêt du voyage ce n’est pas le but mais le chemin». C’est ça!

Un pas après l’autre, droit devant soi.

Goûter l’instant, ce moment si réel. Écouter le bruit des pas sur le sol gelé. Entendre les craquements, légers, que fait la neige fondant sur les arbres. Poser sa langue sur le tronc rugueux d’un arbre. Sentir son goût âpre et rude pénétrer son corps. Lécher l’eau ruisselante d’un ruisseau pour étancher sa soif. Retourner à la terre et la sentir dans tout son corps.

Avancer, toujours avancer. Ne plus avoir peur. Ne plus accepter. Accepter de se laisser faire, de se laisser engourdir…

Tiens, de quoi je parle là? Du froid? De la vie? Des autres?

Se laisser engourdir…et sombrer…ça serait si facile. S’oublier…oublier ce que l’on est, ce qui nous pousse. Oublier ce qui nous fait envie, ce qui nous motive…Pour qui? Pour quoi?

Est-ce bien de froid que je parle ou de moi-même?

Marcher sans fin, sans but, sans connaître la destination, voilà la solution. Seule totalement seule. Avec soi-même. Pour se retrouver et peut-être un jour, pouvoir rentrer. Peut-être, elle dit bien peut-être. Elle a le choix. Elle a jeté la clef. Laisser le hasard la diriger. Elle verra bien où cela la mènera.

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