Comme une pointe sèche

Ici, là-bas ailleurs, elle partirait en train et toi, les cheveux encore mouillés, tu relirais ce que transhumance a à te dire. Serais-tu triste ? Pas vraiment, le tout est de songer à Nietzsche – ce n’est pas au-dessus de tes forces. Le lendemain chez l’ophtalmo, tu apprendrais le décès d’un ami. Ainsi se défont les courbatures de la mémoire, par intuitions successives, petits sauts et longues pauses.

Ici, là-bas ailleurs, tu as reçu une lettre « que les acacias embaument…je joue au détective… »Tu as compris que l’hiver se terminait et tu as fait le plein de légumes. Toute séparation est éternelle jusqu’aux retrouvailles, c’est une liberté, une sauvagerie même. À chacun d’y projeter son esthétique. Depuis son départ, tu ressembles à un insecte, un lézard plutôt ; tu vis caché ; tu t’économises ; tu respires au minimal ; tu profères mentalement des mots sans souvenir. 1 Les autres te bouleversent, tu brasses leur magma au petit matin comme une pointe sèche balayant le vide à la sanguine.

Ici, là-bas ailleurs, avant son retour :

  • ménage
  • lessive
  • approvisionnement
  • dormir
  • téléphoner
  • lire Marie Ndiaye
  • césurer la journée
  • se révolter chaque jour contre les morts-vivants (nantis bouffis de morgue)

1 La rose et le chien, Tristan Tzara, 1958

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