Amma

Je m’appelle AMMA, j’ai 13 ans et suis de la tribu des Galanga.

Mon père est mort ce matin. Je le croyais immortel. Descendant d’une louve et d’un ours, il en avait la force et le courage. Mais cette force et ce courage n’ont servi à rien face à l ‘épidémie qui a ravagé la tribu. Jour après jour, j’ai assisté, impuissante, à l’agonie des membres de mon clan et de ma famille. D’abord ma mère, Hora, puis mes frères et sœurs et maintenant mon père.

Je n’ai plus de famille. Je n’ai plus rien.

Mais le temps n’est pas aux larmes ni aux regrets. Je vais devoir partir pour survivre, trouver de quoi m’abriter et me nourrir, trouver un autre clan qui m’acceptera car seule je ne résisterai pas longtemps.

Je ramasse tout ce qui peut m’être utile. Un arc, des flèches, une lance, des peaux de bêtes pour me couvrir et je me mets en route vers le sud.

Je m’appelle Amma de la tribu des Galanga et je suis la dernière descendante de mon peuple.

Cela fait maintenant plusieurs lunes que je marche, ne me reposant qu’à la tombée du jour à l’abri d’un rocher, ne me nourrissant que de baies et d’insectes. La fatigue et la faim me gagnent. Je grelotte de froid et de fièvre. Je n’ai pas réussi à faire de feu comme mon père me l’a appris. Je ne tiendrai pas longtemps. Je dois trouver un abri et vite.

Derrière moi, soudain, un bruit dans les buissons. Un ricanement. Je me retourne. Une hyène me regarde de ses yeux jaunes prête à mordre. Oh, non, pas ça ! Je ne sais pas chasser et je n’ai plus de force.

Est-ce ainsi que cela doit finir? Avoir survécu aux miens pour mourir ici ? Oh, Père, dis- moi ?

Je m’appelle Amma, seule survivante de la tribu des Galanga et je me souviens…

À ma naissance, la vieille Uru, aux pouvoirs divinatoires, a lu mon avenir dans la terre des ancêtres et dans le ciel. Elle m’a prédit une vie longue et belle.

J’aurai des enfants a-t-elle dit. Mon premier-né sera une fille. Elle s’appellera Gaïa et sera la première d’une longue lignée. Une lignée d’hommes et de femmes fiers et entreprenants. Une lignée d’hommes et de femmes qui ne vivront plus dans des grottes comme des animaux mais construiront des villages de huttes. Une lignée d’hommes et de femmes qui apprendront le langage des plantes pour soigner et guérir, domestiqueront les animaux et cultiveront de quoi se nourrir.

 Alors non, mon existence ne peut pas finir là !

Je m’appelle Amma, descendante des Galanga et je suis promise à un grand avenir.

Rassemblant tout mon courage, je lève haut ma lance dans le ciel. Un dernier regard sur la bête qui gronde et dans un cri puissant comme celui que poussait mon père à la chasse je m’élance sur elle.

Agenouillée près de l’animal mort, je fixe la pointe de silex enfoncée dans son flanc. Du sang coule de sa plaie. Ma main caresse doucement sa fourrure encore palpitante et d’un geste décidé je trempe mes doigts dans ce liquide chaud et visqueux pour tracer des traits de guerrière sur mon visage.

Je me redresse subitement, l’oreille aux aguets. Des voix. J’ai cru entendre des voix. Mais oui, c’est bien ça, des voix ! Et des pas qui se rapprochent !  Enfin, j’ai réussi, je ne suis plus seule. La prophétie de la vieille Uru peut s’accomplir.

Je m’appelle Amma, dernière des Galanga mais première d’une longue lignée. Ma vie ne fait que commencer !

Hyène tachetée naturalisée, Musée Vert, Le Mans

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