Comme une accueillante vaseline

Ici, là-bas, ailleurs, elle dort – triste à mort – accablée d’ennui, méchante dans son silence. Telle une rate, affreuse dans sa cage de laboratoire, la tête en sang de se cogner aux limites. Il lui faut détordre les fils, ce à quoi elle s’astreint durant sept jours. Puis, la nuit, le ciel était violet et cela l’a réveillée de bonne humeur – sensible aux amoureux, aux solitaires, aux hommes ralentis, aux femmes assises, aux marronniers en fleurs et à la tour antique.

Ici, là-bas, ailleurs, elle troue le monde, lui adjoint des fenêtres par où aspirer l’air et la vie. Se souvenir de Venise lui est brutal. Elle ignore pourquoi et elle se couche sur le ventre, redevenue enfant, en suçant son pouce.

Ici, là-bas, ailleurs, une pulsion…Catapulter sa propre tête, qu’elle éprouve le détraqué, le vif et l’angineux ! Relire de belles histoires (le sel de la vie). Caresser les valérianes qu’affaisse l’averse – elle, la langue hors de la bouche, dans le flou.

Ici, là-bas, ailleurs, un grand échalas sans âge aux cheveux blancs et lunettes noires, fidèle compagnon depuis quatre décennies ; hier, un envoi depuis les terres catalanes, de graines sacrées ; demain, l’espérance.

Ici, là-bas, ailleurs, quinze minutes de déluge, des heures de mauvaise digestion, un éphémère exil via des rues inconnues…Ici des mangeoires d’écuries, là-bas de coquines gloriettes, ailleurs une pluie de criquets. Funeste et funambule, le mois de mai.

Ici, là-bas, ailleurs, elle crie à l’ankylose, s’absorbe dans les montres, les réveils et les horloges – désir de tuer le temps ? On chasse les mouches ces jours-ci, on époussette les robes de soie et on désodorise les sandales.

Ici, là-bas, ailleurs, les nymphéas nous parlent la nuit, «Perdre l’Europe» répètent-ils. Nos rêves sont fragiles, ils nous étourdissent à la vitesse d’une flèche lente dans une danse à la manière de Christopher Walken. Dans les années cinquante, quand apparut le twist, il fallut rendre compte de cette folie à la seconde près. Personne ne comprit que ça ne prendrait pas fin de la sorte.

Ici, là-bas, ailleurs, des mancelles frappent la laine et de ce feutre, sculptent leur enfance inachevée en des gestes simples et précis, vivants pour tout dire. Il tombe de petites gouttes. Des gascons électrisent leur sol qui est le nôtre ; la poussière dorée suffoque ; les yeux piquent ; les doigts en l’air repoussent le mauvais œil.

Ici, là-bas, ailleurs, cette voix aiguë dans ce corps ample, cette lascivité dans ce corps sec, cette musique qui lubrifie nos humeurs comme une accueillante vaseline.

This is not a love song, Nîmes, 2019, CR

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