Comme un domino

Ici, là-bas, ailleurs, les perlettes blondes en attente de devenir accompagnent les siestes au soleil puis les soirées musicales. À demain, les recherches. Le marché jour d’Aïd est vide, sauf le poissonnier et la productrice de primeurs ; ne pas oublier le pain viennois pour la confiture de nèfles du Japon.

Ici, là-bas, ailleurs, la France est ponctuée de lignes d’arbres épargnés de la folie d’abattage. Ses yeux se mouillent lorsqu’il balaie le paysage (il lui faut s’endurcir pour TOUT). Des journées passent. Elle rencontre des lieux de grand anonymat, autoroutes, supermarchés et banlieues. Elle ne vit pas de rendez-vous loupés.

Ici, là-bas, ailleurs, les quais de l’Orne accueillent l’écriture (aujourd’hui) et les flashs sauvages très doux (autrefois). Ingratitudes, enfermements et pleurs…autant de ratages inavoués qui lèveront bientôt leur voile.

Ici, là-bas, ailleurs, elle a lu sur un mur « le vide, ce tout inachevé », c’était à Istanbul ‒ des hommes et du kitsch (elle commence à se foutre de toute mascarade). Ne pas oublier d’expirer. D’inspirer. Dehors un grand chêne est tombé. La poussière de sa chute dessinée sur le sol. Telle toute amitié, fragile. Pendant ce temps, son amoureux traversait le monde en avion, il y dessinait les lumières rousses, les guirlandes de continents et l’éternité des masses d’eau. Tout là-haut, simplement, sans être sûr de jamais revenir. Elle l’aimait. À la frontière de la douleur, une vibration.

Ici, là-bas, ailleurs, elle s’est réveillée en nage. Elle avait sauté, sauté, ô la voltige ! D’immeuble en fenêtre, de chambre en lit, de l’une à l’autre. Quelle fatigue, quelle énergie déployée, quelle impuissance. Elle n’est plus anesthésiée, elle voit, elle VOIT. Se met en retrait, à qui jouerait-elle ? À quoi jouerait-elle ? À papa et maman, auprès de qui gémir ? À papa et maman qui doucement la reprendraient de tout leur amour ? Mais c’est derrière, tout cela ! Elle est dans une fosse d’où elle peut s’envoler de ses ailes invisibles. Là et ailleurs, ici à peine.

Ici, là-bas, ailleurs, prendre le train qui mène de Nîmes à Alès est toujours un vrai bonheur. Quais campagnards, herbe entre les rails, horloge vermoulue, spectre d’Anna l’amoureuse tourmentée. Vitesse en contrebas rocheux, traversée de matière bronze, sable et glauque. Gare passée, marquise et fer forgé, tas de bois coupé à l’arrière, baignoire emplie d’eau croupie, estivales floraisons. On se rapatrie vers les départements oubliés en une délicieuse apesanteur.

Ici, là-bas, ailleurs, non pas 500, mais en nombre. Des figures en solo, duo, unisson. L’une de grâce et de liberté. L’air est chaud, le sol est chaud, les respirations soulignent les textes de Michaux. Intenses moments, espace syncopé. Réminiscences, s’enivrer à l’absinthe, le coude sur la table de marbre, les pupilles droit devant… le flou… la froideur d’un hiver sibérien. Sombrer comme un domino après la pichenette. Subir le courroux des Dieux, à savoir l’irritation du foie exacerbé de son trop-plein ; la colère de la nuque ankylosée de ses contraintes ; l’humeur des plaies balayées par le foehn embrasant le ciel, les meules et les granges. Des moments sans route, sans à-côté. 1 Rendez-vous de la Terre avec la chienne céleste. Tic-tac ardent des jours, heures, minutes et secondes. Temps arasé par les puissances contrariées. Face à face implacable du soleil et de l’humain.

1 Moments / Traversées du temps, Henri Michaux, 1973

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