Comme un tour de France

Ici, là-bas, ailleurs, elle n’allait pas où cela fait mal, simplement elle redécoupait son territoire, redevenait enfant, surtout pas zombie, voyageait par les odeurs qu’elle mesurait comme d’autres le font des fluides et des lois qui en découlent, se laissait bercer par les sons de campagne, les pieds nus dans la glaise. Elle avançait, cueillait le disparate du monde, l’infusait à la manière des feuilles de menthe dans l’eau chaude, se retirait de tout, se trompant encore et encore. Savait-elle aimer ? Toujours, là-dessus elle butait, empêtrée par ce qu’elle imaginait  de l’attente des autres et par ses pulsions – elle, insatisfaite, dans l’attente de jours meilleurs.

Ici, là-bas, ailleurs, tu as retrouvé le doigté pour jouer au tavli. Lancer les dés, compter mentalement, avancer les pions, bloquer, s’emparer, relâcher. Tu as moins chaud que les jours précédents, tu pratiques la chasse avec tes trois molosses, une trinité assumée, ils effraient, ils impressionnent, ce sont des tueurs. À d’autres moments, tu relâches ton attention, courbé sur les herbes sèches, jambes nues et déloges par inadvertance un nid de guêpes, avec en retour des piqûres qui t’estomaquent les jours suivants. Tu grilles des clopes, tu dors, un temps en suspension.

Ici, là-bas, ailleurs, nous ne boirons plus au tonnelet, nous serons, en ces jours d’été, fatigués, tristes, résignés – agressifs comme des masses d’air nuageuses. Au réveil, tu lui apparus, campé sur tes jambes bronzées, pissant à l’aube cévenole, effronté. Comme elle l’aimait! Puis, il mesurerait la teneur en huile de ses olives pendant que le vent chaud plombait leurs nuits. Elle avait forcé dans la piscine et souffrait d’une partie de son corps que le médecin de famille nomma « manubrium ».

Ici, là-bas, ailleurs, le Tour de France enflamme jusqu’en Crète, il a ce goût piquant de la moutarde contrairement à la natation qui suggère une harmonie avec l’élément aquatique. Ce jour-là, la rue s’exposait, elle proposait des retours en arrière, fraîche comme le bercement d’un feuillage poivré. Elle voyageait de Berlin à Patra, dans l’urgence et la confrontation. Dans le train, des femmes parlaient au téléphone, le chien d’un punk endormi urinait longuement, des jeunes gens confrontaient leurs peines amoureuses et les vélos s’entrelaçaient. Elle, observait, notait, piquait un somme.

Ici, là-bas, ailleurs, les mûres sont comme des vieillardes penchées sur leur sécheresse extrême. Ces derniers jours de séjour, tu beugles, régurgite toute ta bile en sympathique éthylique que tu es, tu dis « je nettoie le panier » en prenant la serpillère qu’elle lui tend. La nuit sera faite pour réimaginer…

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