Comme une lessive d’hydrocarbures

Nîmes, septembre 2019

Ici, là-bas, ailleurs, il aura fallu perdre les êtres pour se réconcilier avec eux, trop beau, trop tard, trop con ! À la campagne, on pense et on fait simultanément, récolter les amandes, les raisins et nourrir les chiens. Sitôt revenu chez toi, tu rêves au prochain départ, prendre le bus, traverser l’Europe qui te mène vers le nœud de ta vie. Tu vas le préparer, ce projet qui ne partira pas aux oubliettes. En attendant, tu sors, tu vas à la ville, ciné, expo, tu croises des gens, Bertrand. — Que lui as-tu dit, à Bertrand ? Rien, c’était comme mes yeux jamais posés sur lui, comme les alizés déréglés, comme l’oubli.

J’ai croisé cette fille de Terminale, j’en pleurais, les autres l’appelaient Jesse, son petit cheveu sur la langue, j’avais failli m’empiger sur son scooter. Elle, avait sorti un paquet de clopes, puis la pluie, les odeurs de terre, le bonheur. Les idées pas claires, je suis rentré au mazet.

Ici, là-bas, ailleurs, le ciel est gris et elle écoute des ballades qu’elle chantonne à la guitare sèche troubled soul – beautiful strangers. Sa mère a invité des cousins, elle murmure (pour elle, rien n’est moins sûr) — J’étais hébétée, dans ce placard où j’ai attendu des heures avec les valides qui attendaient les éclopés, une femme enceinte et son compagnon qui avait l’âge probable de son père ; une fratrie qui se chamaillait biens et terres, amour et tendresse néanmoins ; une mémère qui crachait venin sur les gitans. Ma mère s’affaire à une pâte sablée et des pommes en compote tout en énumérant la comédie humaine issue de ses souvenirs. Totalement à sa place où qu’elle soit.

Ici, là-bas, ailleurs, une lumière sur la matinée, excitante et mystérieuse, une lumière vertigineuse qui habite la terrasse, l’escalier et une partie de l’atelier. Les chats se pourchassent dans le figuier, les mésanges sont invisibles et les geckos dévalent les verticales. Nous sommes tous ivres, transparents à l’automne qui ouvre ses portes. Nous, enfouis, intégrés et omniprésents à toutes les nouvelles qui nous assaillent ce jour. Usine en flammes, administration, maladies, sinistres qui s’abattent comme une lessive d’hydrocarbures sur nos éphémères existences. Des figures fractales à désinence infernale.

Au sol, une bouteille de Carthagène accueille une cétoine d’un vert abstrait.

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